Cabane de la Quieu à Aspé

, par  agnouede , popularité : 17%

Le coueyla de la Quieu est situé en bordure du plateau près des sources ou « frontz  ». Effectivement au confluent de deux ruisseaux dits de la Quiu et de Coume de Boucor, nous localisons un petit plateau situé à 2051 mètres dâ ??altitude o๠de nombreuses traces pastorales subsistent. Des enclos, une cabane adossée à un quartier de rochers occupent lâ ??emplacement.

Le site est remarquable par le nombre de gravures : presque 120 signatures, près de 60 patronymes, 50 années de pastoralisme. En comparaison, le secteur du lac de la Hosse ne compte quâ ??une quarantaine de signatures et une trentaine de patronymes. La présence de schistes friables a favorisé lâ ??écriture et le témoignage de saisons passées dans le vallon. Les dates répertoriées sâ ??échelonnent des années 1821 à 1952. Les signataires sont des valléens. En effet, suite à des évènements violents imputés aux Barégeois à lâ ??encontre des pà¢tres et des troupeaux espagnols, la montagne dâ ??Aspé depuis 1821 nâ ??était plus affermée quâ ??à des troupeaux locaux comme nous lâ ??explique Annie Brives dans son ouvrage « Pyrénées sans frontières  ». p 172

On peut distinguer quatre périodes distinctes dans les gravures. La première regroupe de rares signatures anciennes. La seconde sâ ??échelonne de 1840 à 1847 (Culouscou, Périssèreâ ?¦).A partir de 1857, après quelques années de silence, une période féconde commence avec des gravures quasiment annuelles jusquâ ??en 1906 et très nombreuses (près de 76 signatures). La dernière période, après-guerre, ne comporte que quatre signatures dont deux en fonds de vallée.
Certaines années, on compte plus de cinq signatures nouvelles comme en 1860, en 1886, des bergers de Gèdre-Dessus notent leur passage : Guillembet Jean, Marcou Simon, puis, en 1888.

Par contre, le site du refuge du Tour ou cabane dét Hourn ne comporte quâ ??une douzaine de signatures dont la plupart sont indécryptables du fait des initiales utilisées. Les incontournables Culouscou et Soulé apparaissent avec la mention « Cazaux J  » sà »rement Jacques Cazaux Benqué signataire en 1888, 1888 et 1901.

Pour le site de la Quieu proprement dit, on relève des signatures de bergers venant du village de Gèdre, bien évidement, mais aussi de Sazos (Barthelemi Casdabat, 1866 ; Theil Thomas,1885 et 1887, Pierre et Bernard Forcamidan Layre, 1869, 1877, de Luz (illisible).
Des noms de famille extérieurs à la vallée de Barège apparaissent comme « Capdusu Baptiste 1869 (aussi présent dans une ruine rive gauche), Geanmard 1829, Peote Antoni 1879  ». Ces bergers à la condition de domestique étaient chargés de surveiller le troupeau de propriétaires.

La plupart des signatures se situe sur de larges dalles de schistes près du ruisseau, pourtant certains bergers ont tenté de laisser une trace à màªme les murs de la cabane, sur le roc qui formait lâ ??assise. Le confort quâ ??apportait lâ ??intérieur de la cabane les a peut-àªtre guidé vers ce choix. Lâ ??exercice sâ ??avérait pourtant plus compliqué de part les irrégularités de la pierre. Les témoignages sont difficilement lisibles et identifiables.

Certains sâ ??appliquent longuement pour réaliser une gravure soignée : « Marc Labit 1821  »,
Lâ ??un des bergers rédige une dédicace plus longue que le classique patronyme. Il écrit avec une écriture aux contours soignés : « Castagny Louis berger à Aspé dans lâ ??année 1890  » venu peut-àªtre de Viscos.

Le site bien connu des bergers suscite màªme une mode dans la tournure du message, la formule « F.L  » devient redondante, elle précise la date exacte de la signature : « fait le  ». Quelques uns sâ ??essaient au cartouche comme Henri Périssère ou bien Jean Benqué en aoà »t 1860 avec une forme asymétrique. On note une seule mention religieuse avec le dessin dâ ??une croix pour Baptiste Capdusu.
Parmi ces bergers, il en est un qui pàªche par orgueil en gravant son nom et son surnom sur toute la longueur de la dalle soit près de soixante centimètres : « Franà§ois Périssère Plan 1880  ».

Lâ ??un dâ ??entre eux grave son nom avec régularité, tous les sept ans ou presque, pendant près de cinquante ans. Antoine Porte Armessen sâ ??applique à laisser une trace plus de quatorze fois. La proximité dâ ??une grange au plateau de Saugué explique pour cet habitant de Gèdre Dessus des gravures qui se succèdent pendant de nombreuses années. Simon Crampe reconnaà®t aussi sa signature sous le surnom de « Carrac  ». En effet, on trouve la mention de « Carrac Porte Antoine, 1906  » ainsi que de « Carrac Marc  ». Simon Crampe nous indique quâ ??Antoine Porte Amressen occupait la charge de conseiller municipal à Gèdre.

Un villageois de Sazos souligne son à¢ge (68 ans) lâ ??année de sa gravure, une faà§on dâ ??insister sur son passage à la Quieu. Lâ ??année 1906 marquée par la sécheresse, on trouve des patronymes de bergers de Gavarnie : Briouleâ ?¦.Le pacage dâ ??Aspé avec lâ ??abondance des sources pouvait-il permettre une ressource en herbe supplémentaire en année sèche ?

Le garde-champàªtre Thomas Culouscou grave avec plaisir son nom plusieurs fois comme il le fera sur le site du lac de la Hosse o๠son patronyme est récurrent. Né en 1797, Thomas Culouscou était garde champàªtre de la commune de Gèdre au moins depuis 1840. En 1846, selon Annie Brives, il est destitué par le conseil municipal, parce quâ ??il a été absent du 1 décembre au 12 janvier. « Etant homme qui ne sâ ??occupe jamais de sa charge, sâ ??adonnant à un grand négoce pour lâ ??Espagne, en mules, beurre, grains, laine (â ?¦) il nâ ??a presque pas paru dans la commune ou sâ ??il a paru pendant quelques jours cela nâ ??a presque pas paru dans la commune ou sâ ??il a paru pendant quelquâ ??un jours cela nâ ??a été que pour débiter la marchandise quâ ??il faisait aller et venir dâ ??Espagne.  ».
Finalement, en avril 1880, il rédige un testament en faveur de son frère Jean Culouscou.

Une célébrité signe dâ ??une écriture fine et élégante le rocher, il sâ ??agit dâ ??Henri Paget dit Chapelle. Par deux fois, il note « Henri paget le 25 juillet 1874  », soit un mois approximativement avant sa mort dâ ??un accident de chasse au Maillet. Selon les Amis du Livre Pyrénéen, le décès intervient fin aoà »t 1874 : « Henry Russell écrit quâ ??il dort chez Chapelle en Juillet 1874 et quâ ??il décèdera un mois après  ».

Dâ ??autres martèlent lâ ??espace de leur nom, au risque de rendre illisible les autres signataires. Jean Soulé inscrit son patronyme pas moins de huit fois, il précise son origine « Soulé Jean Baucou Lixandre Gèdre  » ou encore Soulé Jean Lixe ..Dre 18â ?¦  » . On peut penser que ce personnage était le frère dâ ??Henri Soulé dit « Lixandre  ». Ce dernier fut engagé par Lucien Briet comme porteur en 1896. Il deviendra guide de 2e classe en 1898 et de 1ère classe en 1902 et sera le compagnon de courses de Briet jusqu’en 1904.
D’après les informations deFlorian Jacqueminet, Jean était son frère (source : Russel) , des témoignages de sa fonction de porteur dans les expéditions existent de la fin des années 1890 jusqu’à la fin des années 1910. « Il accompagnait certainement assez souvent les excursions menées par son frère au dessus de Gèdre  ». Jean Soulé ne sâ ??embarrassait pas de dates, il nâ ??en grave que trois : 1899, 1878 et 1905. Lucien Briet se rend au mois dâ ??aoà »t 1902 par deux fois dans la vallée dâ ??Aspé avec les deux frères pour tenter de gravir le Malh Arrouy et le Soum dâ ??Aspé.
Simon Crampe nous confirme lâ ??identité de Jean Soulé Lixandre. Il nous permet aussi de rectifier une erreur. Dans la mention « Baucou  », il faut lire « Balà­cou  », nom de la maison o๠habitait Jean Soulé à Gèdre. Il ajoute que ce surnom pourrait aussi évoquer un défaut : la malice. On aurait pris « malicioà¹s  » pour « Balà­cou  » peut-àªtre à propos de son commerce avec lâ ??Espagne.

Des gravures sont contemporaines, ainsi la mésaventure de Jean-Louis Crampe qui explique longuement la perte dâ ??une génisse en juillet 1952. Il nomme le secteur de montagne Cuyéou pour Quieu, note le temps favorable « quelques journées splendides  ». Pour finir, il théà¢tralise lâ ??épisode : « Moi, Jean-Louis Crampeâ ?¦.Au soir beau, fait à Aspé.  » dans la droite ligne de son illustre famille de poètes conteurs les Porte-Labit.

Cette dernière inscription clà´t lâ ??épisode des écritures à Aspé, elle fait le lien entre des gravures datant du XIX siècle et notre période contemporaine moins encline à laisser des traces écrites.

Nous remercions par ailleurs Simon Crampe qui nous a apporté son aide pour décrypter ces signatures.

Navigation