L’espugue ou la grotte d’Arrode 1/3 Feuilleton d’Arrode

, par  agnouede , popularité : 4%

A partager sur

Rondou apporte une explication toponymique à l’expression "lâ ??espugue dâ ??Arrode". "Arrode". Ce mot semble la prothèse de rode, roue ; mais, on ne voit pas le rapport quâ ??il peut y avoir entre une roue et ce turon. Le nom du turon vient dâ ??une grotte spacieuse creusée dans le flanc sud, lâ ??Espugue dâ ??Arrode, o๠la légende fait gà®ter une fée avec un trésor. Or, en latin, arrodo, is, signifie « miner  ». Le mà´le est miné, en effet, troué par la grotte.  »

La légende d’Arrode

Concernant la légende de la fée, celle-ci est, en effet, relayée dans un conte ; dans le texte, cependant, point de fée, mais un serpent maudit.
Lâ ??héroà¯ne était une bergère du hameau de Trimbareilles. Souvenons-nous, les cultivateurs qui possédaient des droits dâ ??usage sur la montagne de Caoubarolle étaient bien des habitants des quartiers de Sia, Trimbareilles et Ayrues. Le conte màªle ici des éléments de la réalité, puis poursuit en introduisant un animal merveilleux. Notre bergère à la recherche dâ ??un chevreau découvrit dans la grotte une sorte de serpent ailé entouré de pierres précieuses. Elle convint dâ ??un arrangement avec lui : elle devait revenir à jeun et le laisser passer sur son dos par trois fois sans proférer de paroles afin de profiter de ses richesses. A la troisième tentative et à lâ ??ultime passage du serpent, la bergère ne put retenir une exclamation. Aussità´t, le sort du serpent fut scellé, la malédiction le frappa pour lâ ??éternité, il disparut dans la grotte laissant la bergère dans lâ ??indigence.

L’espugue d’Arrode

Mais, revenons au pastoralisme. Dans un article, Rondou montre que ce type dâ ??abri naturel constitua une première étape dans lâ ??occupation pastorale.
Il témoigne de la permanence de son utilisation, nous sommes en 1912.
« Nos ancàªtres préhistoriques utilisaient les anfractuosités naturelles : une roche qui surplombait, une caverne dans les montagnes, espugue, tel fut lâ ??abri qui les protégeait contre les intempéries des saisons ; Espugue a pour diminutif espuguette, petite caverne. [â ?¦] Câ ??est sous un immense roc qui surplombe que les bergers dâ ??Allanz parquent leurs troupeaux pendant la nuit [â ?¦] celle dâ ??Arrode, ont leur légende. Cette dernière sert encore de refuge aux troupeaux.  »

Lucien Briet à Arrode en 1903

Lucien Briet, éminent pyrénéiste, dont les pérégrinations dévoileront les contrées aragonaises, en particulier la Sierra de Guara, se rendit à lâ ??Espugue dâ ??Arrode. Son chemin le conduisant en Espagne par le col de Boucharo, il fut mis au fait de cette curiosité naturelle. Il publia un article dans la revue du Club Alpin à propos de cette excavation et prit deux clichés de cette excavation le 22 juillet 1903.
Il écrit :
« La grotte dâ ??Arrode sâ ??ouvre au pied dâ ??un modeste escarpement. Son entrée a lâ ??aspect dâ ??un porche mesurant 1m80 de hauteur sur 2m60 de largeur. Un muret en pierres sèches la ferme à demi. Cette grotte est, à lâ ??occasion, utilisée comme étable ; intérieurement du reste, on marche sur un terreau noir et mou dà » aux déjections du bétail. Cette grotte est, à lâ ??occasion, utilisée comme étable ; intérieurement du reste, on marche sur un terreau noir et mou dà » aux déjections du bétail. Son plafond ne tarde pas à se relever et compte un moment 5 mètres de hauteur ; sa hauteur varie de 3 à 6 mètres ; on est vote à lâ ??aise. Elle prend au début une direction nord-ouest quâ ??elle conserve jusquâ ??au bout ; à 20 mètres de lâ ??orifice, il a un cul-de-sac o๠apparaissent quelques stalagmites dont une en forme de borne. A droite de ce cul-de-sac, existe une fracture de 4 mètres de long sur 0m40 de large. Le roc consiste en marbre, tant blanc, tantà´t gris perle. On sâ ??élève finalement vers un petit dà´me agrémenté dâ ??une fissure impénétrable. Puis, un étranglement se produit ; la voà »te nâ ??a plus que 0m80 de hauteur ; on se traà®ne à genoux pour pénétrer sous une deuxième cloche de 2 mètres de diamètre, dans laquelle on peut tout juste se tenir debout. Du fond de cette niche, on distingue vaguement le jour ; sa situation, à 7 mètres au-dessus du niveau du seuil fait dire aux paysans que la grotte dâ ??Arrode possède un grenier. Les parois sont glacées dâ ??une couche stalagmitique luisante et humide, et lâ ??ensemble compte exactement 30 mètres de profondeur.
Tout porte croire quâ ??un ruisseau sâ ??échappait de la grotte dâ ??Arrode, lorsque les neiges de la grande époque glaciaire recouvraient les pà¢tures supérieures. Quelques gouttes dâ ??eau suintent encore par places. Au point de vue de la préhistoire, je doute que des fouilles amènent à un fructueux résultat, cette excavation nâ ??a jamais servie quâ ??à loger des bàªtes fauvesâ ?¦. »

Briet confirme lâ ??utilisation de la grotte comme enclos pastoral. Il décrit précisément lâ ??intérieur de la grotte et émet une hypothèse : « Tout porte croire quâ ??un ruisseau sâ ??échappait de la grotte dâ ??Arrode, lorsque les neiges de la grande époque glaciaire recouvraient les pà¢tures supérieures.  »

Les deux clichés de Briet au Musée Pyrénéen

Le premier cliché photographique montre la haute paroi rocheuse qui abrite lâ ??abri ainsi que le mur de pierres édifié pour contenir le troupeau à lâ ??intérieur de la grotte.
Le deuxième est pris à lâ ??intérieur. Briet prend soin de composer son cliché en faisant poser les deux personnes qui lâ ??accompagnent de part et dâ ??autre de lâ ??abri. Ainsi, leurs positions rendent bien la profondeur et la hauteur de la grotte. Un troupeau et des bergers pouvaient effectivement sâ ??y abriter comme lâ ??atteste Rondou dix ans plus tard.

Briet donne une référence d’article mentionnant la cavité d’Arrode, à lire Mémoires dans la revue Société Spéléologique n°14 , juin 1898 Viré A PP 38 et 39

Navigation

Brèves Toutes les brèves