Eug Des érudits locaux comme guides

, par  agnouede , popularité : 16%

Câ ??est à Eugène Sinturel que je veux rendre un hommage particulier.

Si Chausenque livre des informations sur les bergers des cabanes dâ ??Aubiste, Sinturel, notre contemporain, nous relie à eux.
« Notre but a été seulement dâ ??établir à grande échelle, dâ ??une manière très lisible et visible, quelques itinéraires de cheminements commodes (â ?¦)  » écrit-t-il dans son introduction. Lâ ??Agnouéde rejoint ainsi de manière définitive les récits dâ ??explorations à la faveur de quatre écrits et de deux cartes .

Découvrant les Pyrénées après la première guerre mondiale, Sinturel vient séjourner, tous les deux ans, à Luz lors de ses congés.
Dans un premier temps, il publie en 1920 un recueil de cartes retraà§ant des itinéraires de randonnées. Dix ans plus tard, un ouvrage « avec notice et itinéraires plus étendus  » vient compléter cette première ébauche màªlant approche historique et scientifique.
Par ailleurs, Sinturel sâ ??inscrit dans la lignée des « grands  » voyageurs aux Pyrénées. Il se propose de suivre leurs itinéraires et, à son tour, de livrer sa vision sensible des montagnes.
« Mes souvenirs sont ceux dâ ??un alpiniste « moyen  » qui passe habituellement les mois dâ ??aoà »t et de septembre aux Pyrénées et qui - sur les traces des « glorieux  » prédécesseurs- essayant dâ ??herboriser ou de prospecter avec Ramond, dâ ??escalader avec Lequeutre, dâ ??expliquer ses sensations comme Chausenque, dâ ??analyser ses sentiments comme Russell , a patiemment accumulé des notes, des croquis et des chiffres.  »

Chez Sinturel, on distingue plusieurs qualités intellectuelles qui participent au respect que lâ ??on peut avoir de son ouvrage. Deux lignes de force apparaissent. Dâ ??une part, lâ ??application et lâ ??humilité dont il fait preuve dans son travail, dâ ??autre part, lâ ??humanité avec laquelle il aborde les Toys. Tout dâ ??abord, Sinturel est un homme de terrain comme lâ ??étaient Ramond ou Chausenque. Il parcourt la vallée à de maintes reprises pendant ses périodes de congé. Il le précise dans son introduction : « Ces promenades et ces courses, nous les avons faites et refaites.  ». Sa connaissance du pays est très complète. Mais, sa démarche physique et sportive se double dâ ??une rigueur scientifique. En effet, au cours de ses randonnées Sinturel prend des notes, fait des dessins. Il se qualifie lui-màªme de « persévérant, [qui] arpentait les chemins, les sentiers et les pistes (â ?¦) ». Il utilise lâ ??adverbe « patiemment  » pour signifier son application studieuse. De fait, Sinturel réunit pendant de nombreuses années beaucoup de documentation. Quand il nâ ??a pas les moyens dâ ??acheter les livres quâ ??il souhaite, il entreprend de les recopier dans des cahiers d’écoliers.
Cahier de notes. Sinturel

Pendant ses sorties, il remplit scrupuleusement les missions quâ ??il sâ ??est fixées : dessiner, compter ses pas.
Parfois, au fil de sa narration, il nous livre ses instants dâ ??étude :
« Nous dessinons, à lâ ??arràªt Q, â ?¦  » ; « Petit croquis du site entre éboulis de pierre et pà¢turages  » ; « Je contemple et je dessine le panorama qui figure sur ma carte 10  ».
Enfin, Sinturel donne la mesure de ce travail minutieux.
« Comment ai-je pu orienter la boussole et compter 3000 pas, de A à Q, sans trop réduire la vitesse de mon compagnon qui mâ ??attendait aux tournants, je me le demande. Cet exercice dâ ??arpentage, màªme à longueur dâ ??entre-jambes, fait perdre beaucoup de temps.  » .
Ou bien encore : « Avec une boussole pour vérifier la direction approximative tous les vingt-cinq pas (en tenant fermée la main gauche et en nâ ??ouvrant chaque doigt quâ ??après avoir compté cinq pas (â ?¦).  »

Cliché photographique et calque. Sinturel

Par ailleurs, aux vertus scientifiques, sâ ??ajoutent des qualités de vulgarisateur et de pédagogue. Sinturel se propose de rédiger des itinéraires certes, mais en les inscrivant dans une gradation :

« 1° Dans une Progression de promenades judicieusement choisies ;
2° Dans une Progression de grandes courses dâ ??entraà®nement.  »

Ainsi, il livre un récit dâ ??ascensions complet et pousse le promeneur à lâ ??autonomie :« Avec une boussole, pour vérifier la direction approximative, le touriste, muni de nos cartes, sera guidé sans risque (16). » .
Chez Sinturel, on dénote aussi un àªtre à lâ ??écoute de la nature. Il randonne ainsi « quelquefois avec des amis dévoués, de Luz ou dâ ??ailleurs  » ou bien « Plus souvent solitaire, curieux de voir les paysages à loisir, sous une autre lumière ou sous un autre état dâ ??à¢me, au cours dâ ??ascensions renouvelées (â ?¦). »
Sinturel est un homme heureux de parcourir les hauteurs. On devine une sensibilité discrète qui sâ ??exprime parfois au détour dâ ??un vers. « Ainsi mes pensées vont, à´ Luz, à´ moun paà¯s  ».

Finalement, Sinturel révèle son attachement aux Toys, les habitants de la vallée de Barège. « Nous parlerons surtout de ce quâ ??il y a de bon et de vrai chez les braves gens de la Montagne.  ».
A ce sujet, Sinturel rejoint Ramond dans sa sympathie pour les montagnards. Il partage avec eux un amour immodéré pour la montagne. .
Il salue le chant enthousiaste de son guide de Villenave : « Son bras, dâ ??un ample geste, saluant les pics aimés, Pierretto débute en sourdine et donne à plein voix : Montagnes Pyrénées.  ».
En introduction, Sinturel rend hommage à tous ceux quâ ??il a cà´toyés : « Je garde un vif sentiment de gratitude envers ceux qui mâ ??ont cordialement accueilli là -haut.  » Il rend compte des gestes dâ ??amitié, des échanges de part et dâ ??autre : « Vers les granges de Cazet je mâ ??arràªte un quart dâ ??heure pour offrir des cigarettes et boire du lait frais.  ». Ou bien, encore : « Nous voyons une grange contre le rocher mais nous poussons jusquâ ??à la deuxième grange au-dessus, Chimoun (Simon), à notre appel, va nous recevoir et nous offrir du lait pour souper, une place dans le foin pour coucher.  ».

Lâ ??hospitalité des habitants des hauteurs lui fait préférer leur présence à un bivouac en solitaire : « Jâ ??ai préféré dormir avec mes compagnons de lâ ??Agnouéde.  » .Enfin, Sinturel, au cours de son récit, évoque les Cazaux-Lapeyre dit Péne : « Je montai dâ ??abord à lâ ??Agnouéde o๠Pierre Cazaux, familier de la montagne dâ ??Aubiste, sâ ??offrit aimablement comme guide et nous prà®mes date.  ».

Ce lien chaleureux entre nos deux familles ne se dément pas puisque sa fille, Mme Renard et sa petite-fille Claire m’ont toujours accueilli avec beaucoup de chaleur dans leur maison de Luz-Saint-Sauveur.

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