La forêt de Bassehaillé

, par  agnouede , popularité : 18%

« En » 1827, Chausenque en expédition depuis les prairies d’Agnouéde suit son guide Jacques Rabaut à travers la foràªt pour gagner la montagne d’Aubiste. Il écrit : « Au lieu de se borner, comme la foule, à suivre toujours les màªmes voies, s’extasier devant les màªmes sites et s’effrayer des màªmes horreurs, il faut pénétrer dans ces foràªts romantiques, o๠naà®t, vit et meurt le gigantesque sapin  ». Aux hàªtres succèdent à un étage supérieur les sapins. Chausenque note la diversité du peuplement forestier : « Je fus frappé de la beauté solitaire de cette vieille foràªt, o๠croissaient des sapins de tous les à¢ges : de jeunes pousses au vert tendre entouraient à§a et là de robustes tiges au terme de leur croissance, ou de vieux troncs, non plus en pyramides élancées, mais décrépits et depuis des siècles défigurés par la hache.  ». Chausenque évoque non sans raison une foràªt soumise à la dévastation pour les besoins en bois de chauffage, entre autres. Il ne semble pas connaà®tre le nom cette foràªt.

Nous faisons l’hypothèse qu’il s’agit du bois dit Bassehalia ou Barjaliadé. En effet, dans les Archives du vic de Darrelaigue, on trouve un document concernant la vétation du « bois de Bassehalia ou bois de Barjaliadé  ». Cette première délibération datant du 30 mai 1689 est probablement rédigée par le notaire Nogués.
Le secteur dont il est question est « l’endroit de Bassehaillé depuis le barrancou de l’arrieu jusque à la serre d’Arrode, le turon de Castillon  » (sic), c’est-à -dire depuis le torrent jusqu’à la Pène d’Arrode et au sommet de Castillon.

Le nom du torrent n’est pas précisé, s’agit-il du torrent de Lassarriu ou de celui descendant de Litouèse ?
Plus vraisemblablement du premier, nous n’avons pas de certitudes. Toujours est-il que l’ensemble des communautés de la vallée de Barège décident de véter, c’est-à -dire d’interdire « le territoire o๠il y a des sapins  » pour vingt ans. Au màªme moment, il est expressément défendu aux habitants « de pouvoir couper et faire besiau sans la permission expresse des communautés sous peine de dix petits écus payables  ». L’interdiction de « faire besiau  » indique la prohibition d’entrer dans des pà¢turages collectifs ; dans ce cas plus précis, le parcours des bàªtes dans la foràªt est défendu.

Une seconde délibération non datée fait référence à une querelle sur des montagnes indivises qui aurait dégénérée en procès dans les années 1734. Le notaire Maruquette adresse d’ailleurs une lettre aux consuls de Sazos afin de les adjoindre à régler à l’amiable le procès entre les vics de Darrelaigue et du Plaa et Esterre. La formule est la suivante « ramener le calme et la tranquillité aux vics  » et « régler [le différent] par les seules lumières de la raison et de la justice  ».
La délibération lance également un appel à la concorde : « si [la querelle] ne finit bientà´t d’une manière comme une autre . Il convient « par les raisons des personnes bien intentionnées pour le bien public de terminer le procès à l’amiable  ».
En effet, un constat de détérioration est dressé : les bois sont exposés à de continuels dommages : « durant le procès entre les deux vics le bois de Barjaliadé a été entièrement ravagé qu’il importe maintenant de le rétablir  ». Pour cela, la délibération suggère aux parties de s’entendre et « d’établir un temps précis de coupe pour l’espèce d’arbres et pour le temps que [les consuls] trouveront à propos.  ». L’essentiel étant de stopper les dégradations et d’adopter des décisions communes.

Cependant, essayons de trouver l’origine des termes « Bassehalia  », « Bassehaillé  » et « Barjaliadé  », successivement utilisés en 1689 et autour de 1734.
Un coueyla d’Aubiste sous les Cavaliers porte le nom d’Halhà . Sinturel indique le nom du torrent proche Sarrat de l’Hallia. Concernant l’origine de ce nom, nous trouvons dans le dictionnaire Palay deux substantifs intéressants : « halhe  » ou bien encore « halhade  » : le premier signifiant un relief de crevasse, le second « une pierre se détachant d’un bloc et roulant  ». Le terme sarrà t désigne une cràªte pentue qui sépare deux versants. Les rochers sont nombreux à l’Halhà , ils dévalent et jonchent la zone pentue du coueyla.

Pour le bois dévasté, faut-il avoir une allusion à la partie basse du torrent formant une zone qui s’éboule de part la déclivité, ou bien plus simplement l’allusion au bois, au branchage.
Enfin, l’évocation du feu « halhe  » pourrait faire allusion à un précédent incendie de la zone. Difficile de trancher. Les trois appellations n’ont par la suite pas laissé de traces.

Les cartes Cassini établies entre 1750 et 1790 mentionnent un certain nombre de noms propres. On distingue le quartier «  d’Arragnouède  » désignant l’Agnouède. Rondou rappelle la présence de prunelliers sauvages dont les fruits : les aragnous désignent par glissement de sens la montagne o๠poussent ces arbres fruitiers. Le mot «  Quios  » est employé pour Quieu, il désigne un coueyla au niveau de la Pourtère du màªme nom à Aubiste. Le pont de Sia est désigné par l’expression « pont de l’Artigue  », les quartiers de Sia du nom des cultivateurs « Salle  » et « Andiolle  ».
La montagne d’Aubiste est par erreur notée à la place d’Arrode ou Caoubarolle.

Le terme « Barcahallée  » apparaà®t également. Il coà¯ncide avec la sapinière actuelle de Noubaséoube. L’appellation est reprise à propos du gave descendant d’Aubiste : « gave de Barcahallée  ».
En 1804, le « Dictionnaire universel, géographique, statistique, historique et politique de la France  » paru aux éditions Baudouin, Laporte reprend la dénomination « Barcahallée  » à propos du gave et de la montagne « située à cinq kilomètre de Luz  ».

Le bois assailli de coupes intempestives jusqu’au XVII bénéficie par la suite d’une protection particulière : on restreint les coupes de bois et on allonge l’interdiction entre chacune d’entre elles, le pacage y est réglementé. Ces dispositions amènent progressivement à l’introduction d’une nouvelle désignation.

En 1830, la Commission Syndicale use le nom du lieu-dit « Coulot  » et la périphrase « Ubac de Scie  » pour désigner la foràªt. Elle demande une ordonnance spéciale qui autorise « la dépaissance des moutons en faveur des sections ou hameaux de Scie et de Pragnères  ».

Le terme « Barcahallée  » n’est plus utilisé. Chausenque en 1827 ne mentionne pas le nom de la foràªt qu’il traverse. En 1847, l’autorisation de faire pacager les brebis est renouvelée pour une durée de cinq ans.

Un nouveau nom est donné au secteur : Noubasseube. Le décret du gouvernement provisoire en octobre 1848 et en aoà »t 1853 reconduit pour cinq ans la décision pour les foràªts « de Buala et Noubasseube  ». En 1875, en 1880, « le parcours pour les bàªtes à laine sur un terrain à régime forestier  » est à nouveau accordé dans les secteurs de « Buala, La Bié [Abié], Noubasseube, Rode [Arrode], Barada, Madrid et Courbies.

L’appellation « Noubasseube  » est passée dans le langage commun. Les Barégeois oublient progressivement l’histoire de ce bois tout en méconnaissant la signification de ce nouveau terme.
Rondou, dans son étude intitulée « Essai sur la Toponymie de la Vallée de Barèges  », pallie à cette lacune.
Dans un premier temps, il explique qu’il s’agit « d’ ?une foràªt de sapins sur les flancs du Soum dé Nabasséube qui sépare le vallon de Litouse de celui de Bastampe  » .
Puis, il décompose le mot. Rondou distingue l’adjectif qualificatif Naba, nouba « nouveau » et le substantif issu du latin selva : séube, c’est-à -dire foràªt.

L’orthographe de ce mot engendrera de nombreuses erreurs. Plusieurs graphies différentes coexistent par méconnaissance du contexte : Louis de Campus écrit « Loubasseube  ». Rondou énumère les variations : Nabasséube, Nabasséoube, Noubaséoube. Le torrent prendra le nom de Lassarriu. Rondou explique : « Ce ruisseau prend sa source au pic de Carnaré, flanc est, et va se jeter dans le gave de Pau, au-dessous de Sia. Le confluent n’est pas visible, de la route nationale ; un rocher, formant promontoire, le dérobe aux yeux du voyageur.. Ce mot est formé de las, « lacets  » et de arriu, ruisseau. C’est donc le ruisseau des lacets.  »

Dans les années 1930,Sinturel évoque un peuplement de sapins bien portant : « les sapinières de Sia et d’Astos  ».

La foràªt a repris une croissance régulière sans pour autant se régénérer. C’est pourquoi au XIX° siècle, des coupes forestières contemporaines sont planifiées par la Commission Syndicale.

Nous trouvons des traces d’exploitations à partir de 1901 dans les archives. En particulier, en 1946, 1947, les demandes de Henri Vergez, « exploitant forestier  » qui sollicite plusieurs autorisations pour installer des couloirs de vidange, aménager un chemin d’exploitation et poser des cà¢bles. En mars 1966, les travaux forestiers se poursuivent, une coupe « extraordinaire  » est décidée. L’année suivante, la Commission Syndicale décide de créer une route pour faciliter l’exploitation, celle-ci est ébauchée en 1974.

Par la suite, la foràªt cesse d’àªtre régulièrement entretenue. Les bois sont redevenus « impénétrables  ».

Aujourd’hui, de larges sapins jonchent le chemin descendant le vallon de Litouèse et rendent la progression du randonneur malaisée.

Rondou. Essai sur la toponymie de la vallée de Barèges. Bulletin Pyrénéen 1918 p302, 1917 p175, 1918 p301
Sinturel.

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