2° Rencontres Pyr « Droit sur le sol, usage des herbes et semi-liberté du bétail : un système pastoral original  ».

, par  agnouede , popularité : 24%

Désormais [les actes II du colloque de 2012 -http://aspp65.com/index.php/rencontres-pyreneennes-2012-aspp65/rencontres-pyreneennes-2012/rencontres-2012-1/ sont en ligne en vidéo conférence sur ce site.

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Un article paru sur Lourdes Info de Louis Dollo

"Une des originalités des systèmes pastoraux pyrénéens est la dissociation entre propriété ou droit du sol et usage des herbes, elle est directement liée à une autre originalité dans la faà§on de conduire les troupeaux : la notion de semi-liberté du bétail, qui peut parfois devenir liberté totale sous simple surveillance ponctuelle. La pratique de la compascuité (usage commun du màªme pà¢turage) est centrale dans ce processus.

A l� ??Ouest de la chaà®ne, un exemple extràªme de cette situation n� ??est que la version la plus pure d� ??une situation générale modulée sur tout le massif selon différents paramètres qui viennent plus ou moins la contraindre. Versant franà§ais, dans la province du Labourd, la commune d� ??Itxassou a des droits de compascuité sur le territoire espagnole du Baztan, en Navarre. Sur toute la chaà®ne de tels droits sont régis par les traités de lies et passeries (1). Au Baztan, les conditions ont été une nouvelle fois fixées en 1820 (2) : « Les brebis du Baztan sont libres de pà¢turer ici jusqu� ??à la montagne du Mondarrain, celles d� ??Itxassou là -bas sur la màªme distance, de soleil à soleil, ensuite chacun récupère ses troupeaux. L� ??on sort des bordes les vaches et les juments, qui peuvent aller à leur guise de jour comme de nuit.  »

A leur guise pour le gros bétail, c� ??est tout dire ! Pour les brebis, schéma classique de la compascuité : de soleil à soleil, c� ??est à dire de jour, pas de nuit. Mais en 1847 les Navarrais refusent que les bergers du versant franà§ais accompagnent leurs brebis au-delà de la frontière. Comme le signale l� ??auteur de cet article : « Les valléens navarrais réaffirment ainsi leur souveraineté sur les versants et les cols  », c� ??est bien la propriété du sol qui est concernée. Une procédure sera mise en � ?uvre pour arriver à un nouveau pacte. Elle se conclura à la fin des années 1860 par « un accord oral sur le libre parcours des brebis, sans berger permanent  ».

On ne peut mieux montrer deux choses : les hommes se répartissent le sol de faà§on indiscutable, et pour marquer cette possession l� ??interdit devient extràªme puisque la présence des bergers est interdite sur ce sol, ils ne peuvent faire qu� ??un aller-retour pour récupérer leurs bàªtes. Les brebis par contre, qui se moquent royalement de ces frontières et des conflits humains, n� ??ont pas à en payer la note, elles sont totalement libres de profiter des herbes ! La dissociation herbe et sol, bàªtes et surveillants, est totale. Sans atteindre tout le temps ni partout une telle dimension, elle caractérise une culture des éleveurs et du bétail spécifique et commune à toute la chaà®ne.

A l� ??autre extrémité cette fois du massif, Christine Rendu à propos de la montagne d� ??Enveitg, au Capcir catalan caractérise ainsi ce mixte entre comportement naturel du bétail et contraintes humaines sur le màªme territoire (3) : « Entre nature et culture, ce que la présence des troupeaux sur les cràªtes dessine aussi, mais en creux cette fois, c� ??est ce très subtil dosage entre l� ??instinct des bàªtes et l� ??autorité des hommes, qui fonde précisément la domestication. Car si le propre d� ??un bon berger, dit-on, est de conduire le troupeau en fonction de « l� ??envie  » des bàªtes, de savoir, sans les contrarier et avec justesse, à la fois les suivre et les diriger selon les ressources du terrain, de partager en fait une màªme faculté d� ??appréciation, au sens gustatif du terme, le propre des bàªtes, en été, à la montagne, c� ??est de monter.  »

Enregistré en 1973, dans les Pyrénées Centrales cette fois, Adrien C., éleveur berger du Couserans ariégeois, définissait ainsi cette philosophie à propos des brebis (4) : « Si tu les fais rester par force, elles font comme les prisonniers, elles ne sont pas heureuses ; en semi-liberté, c� ??est là qu� ??elles sont bien et c� ??est là qu� ??elles profitent. Nous autres, tu vois, nos brebis sont dans la montagne et alors nous n� ??y sommes pas tout le temps, mais nous y sommes toujours pour les contrà´ler. Nous les laissons libres, ou bien nous les mettons o๠nous voulons mais sans y àªtre toujours après.  » D� ??o๠la conduite non pas en masse de troupeaux contraints, mais en « escabots  », groupes plus ou moins importants dispersés dans l� ??espace selon une très complexe gestion des bàªtes et des milieux, fonction du moment, de l� ??état des herbages, des contraintes imposées par les voisins, des disponibilités humaines.

Lors d� ??un récent colloque, Francis Ader, vice-président de l� ??ACAP, définissait ainsi le Savoir qui structure cette complexité : « Pour beaucoup le pastoralisme apparaà®t comme une pratique de cueillette. Or, il requiert une maà®trise technique aussi pointue que n� ??importe quel autre mode d� ??élevage  » (5). En effet, loin de n� ??àªtre que reconstruction historique, ce qui est déjà beaucoup, ces faà§ons de penser et d� ??agir sont un enjeu majeur du pastoralisme pyrénéen actuel à plusieurs niveaux :

· pour les races ovines autochtones qui sont encore aujourd� ??hui quasiment les seules à occuper étage intermédiaires et estives. Le BRG (Bureau des ressources génétiques) chargé au niveau national du suivi de ces races note en effet qu� ??elles aussi sont un mixte entre nature et culture. Elles sont nées « d� ??un long processus d� ??évolution naturelle et du travail patient des agriculteurs et des éleveurs  » et doivent continuer à àªtre « gérées dans leur milieu traditionnel de culture ou d� ??élevage.  » (6) Leur capacité à gérer l� ??espace dans le système de semi-liberté est centrale dans le processus et doit donc àªtre préservée au màªme titre que leur patrimoine génétique.

· pour le milieu lui-màªme qui est ici le produit de ce que nature permet et de cette très ancienne faà§on souple d� ??y mener le bétail. Préserver ces faà§ons, c� ??est aussi préserver les conditions qui ont créé ce milieu.

· la dissociation usage des herbes et propriété ou droit sur le sol ouvre d� ??autre part un champ de réflexion pour penser autrement, dans la continuité de cette très ancienne caractéristique du pastoralisme pyrénéen, les difficultés actuellement rencontrées dans la gestion notamment de l� ??étage intermédiaire o๠se superposent des types de propriétés différents qui rendent parfois difficile l� ??usage de cet étage essentiel dans le cycle pastoral annuel.

Comme lors des 1° Rencontres, ces aspects seront abordés en associant d� ??une part les dimensions historiques, ethnologiques, linguistiques qui permettent de reconstituer l� ??originalité de ce système pyrénéen, et d� ??autre part les enjeux actuels qui en sont, sous des formes contemporaines, les continuateurs. De màªme, des spécialistes d� ??autres systèmes pastoraux en France et dans les pays du Sud (Espagne, Afrique), interviendront pour fournir d� ??utiles points de comparaison et enrichir la discussion.

(1) En espagnol facerà­as ; au XIV° s., le For Général de Navarre précise : « Entre les villages « faceras  », les troupeaux des uns peuvent pà¢turer de soleil à soleil sur le territoire des autres et réciproquement, et ils rentrent chez eux en màªme temps que le soleil  » ; le màªme soleil commandait la durée de travail des paysans sur les terres du seigneur : « qu� ??ils soient dans le lieu de ce travail avec le soleil levant, et retournent chez eux avec le soleil couchant.  »
Pour se limiter à un ouvrage : Lies & passeries dans les Pyrénées, Tarbes, 1986.

(2) Xabier IT� ?AINA, Le gouvernement local dans une commune basque sous le Second Empire. Présentation du manuscrit Berrouet, Lapurdum, Revue d� ??études basques, Numéro 11 (2006).

(3) Christine RENDU, Fouiller des cabanes de bergers : pour quoi faire ? � ?tudes rurales No. 153/154, Jan. - Juin 2000
La très longue durée � ?? EHESS. Paris, p. 151-176.

(4)Bruno BESCHE-COMMENGE, Le savoir des bergers de Casabède, deux volumes, E.R.A. 352 C.N.R.S, Institut d� ??études méridionales, Université de Toulouse-Le Mirail, 1977

(5) Francis ADER, Un pastoralisme moderne et dynamique soutenu par les outils de la loi pastorale, pages 37-40, in ouvrage collectif coordonné par Quentin CHARBONNIER et Thomas ROMAGNY (AFP), Pastoralismes d� ??Europe : Rendez-vous avec la modernité !, Cardère éditeur, mai 2012.

(6) Charte du BRG, Introduction et page 64 http://www.brg.prd.fr/brg/pages/les_rg_en_france/la_charte_nationale.php

ASPP 65 � ?? 32 rue de la mairie 65400 AYZAC-OST � ?? www.aspp65.com

ADEM � ?? 6 rue Gaston Manent � ?? BP1324 65000 TARBES

Bruno BESCHE-COMMENGE. La compascuité : vue d� ??ensemble et au jour le jour de 1480 à 1980 - Communication aux 2ème Rencontres des Territoires et des Savoirs

Jean-Franà§ois Le Nail . Le verbal d� ??exécution de 1534  ».Communication aux 1ème Rencontres des Territoires et des Savoirs

Thèse dirigée par Christine Rendu. Les pratiques pastorales d’altitude dans une perspective ethnoarchéologique. Cabanes, troupeaux et territoires pastoraux pyrénéens de la préhistoire à nos jours. par Mélanie Le Couédic

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