Les forêts disparues d’Hargue

, par  agnouede , popularité : 6%

On connaà®t par des règlements de pacage l’existence de la foràªt de Coumélie. Mais, plus rarement, on évoque la foràªt disparue d’Héas qui aurait pu contenir les désastres successifs infligés au sanctuaire et aux habitants.
Différents documents réunis par le chanoine Laporte font référence à la correspondance de l’abbé prieur en charge du sanctuaire d’Héas. Dans une lettre datée du 4 octobre 1715, l’abbé Brune, explique à son commanditaire le comte de Souillac avoir engagé les travaux de construction ainsi qu’un chantier de déboisement.
« J’ay passé une partie de l’été à Héas o๠j’ay commencé à faire travailler. J’ay fait couper deux cent arbres et il m’en reste cent autres pour le moins, selon l’état du charpentier, tout de sapin à haute futaie. Il n’y a point de chàªne ni autre sorte d’arbre qui puisse servir pour bastir. Tout le pays de Barège, qui m’en a accordé la faculté, a été surpris, mais d’une manière générale agréable, du grand changement  »

L’abbé Brune explique avoir obtenu l’accord des consuls de la vallée. Il estime à peu de trois cent arbres le besoin en bois. L’abbé donne l’ ?essence utilisée : le sapin. Il explique que toute la vallée a participé à l’effort.
« Toute la vallée, composée de vingt paroisses, au plus, assemblée à Luz, a délibéré de me donner tout le bois nécessaire et encore tout le secours que je demanderais ».
Les sapins abattus semblent avoir été des arbres d’un certain à¢ge, leur circonférence imposant un transport périlleux. « Le transport des pièces de bois à bastir est ce qu’il y a de plus pénible. Il faut quelquefois fois attacher à une seule pièce vingt hommes  ».

Cependant, le transport de bois devait àªtre rendu fastidieux par la présence du lac formé en 1650 et qui disparut en septembre 1788. On lit dans un acte rédigé par du notaire Jean Lacrampe :
« En l’année 1650 et au mois de mai, en l’endroit des bordes Mailhenc de Héas, tomba, descendant de Poueyboucou, un grand rocher qui remplit tout le lit de l’eau et de la rivière de Héas, depuis le ponts des Noclats [Usclats] jusqu’aux dites bordes de Mailhenc. La rivière n’ayant pas de cours refoula jusqu’à l’Oratoire o๠Maison de la Vierge : il se fit un grand lac o๠furent submergées les terres, bordes et cabanes dudit Mailhenc. La maison Mailhenc fut entièrement détruite.  ».


Schéma Rondou, Monographie, tome I

En aoà »t 1792, Ramond de Carbonnières observe la régression de l’eau : « Le torrent forme à l’entrée de la Peyrade un lac que nous dominions, dont l’étendue était bien plus grande avant l’inondation de 1788, mais qui se présentait à nous, moitié comblé par les débris des monts voisins et dépeuplé du poisson qui l’habitait autrefois. J’ai essayé un dessin de ce sauvage Tableau.  » Par ailleurs, d’après Rondou, l’ancien chemin passait aux pieds du Malh de l’Arralhé, un bloc de « forme cubique  ». Briet précise : « on longeait le Mail de la Vierge en contournant le lac de Héas dont la disparition a permis au nouveau chemin de passer au-dessous de la Peyrade  ». Il faut préciser que la statue sera érigée en 1889 par les missionnaires de Héas. Un cheminement compliqué attendait donc les hommes chargés de l’abattage et du transport du bois.

Pour obtenir de la chaux nécessaire aux travaux de construction, l’abbé Brune fait construire deux fours qui semblent avoir fonctionné de 1715 à 1724 selon Georges Peyruc. Ce dernier explique que la chaux était utilisée comme liant de la pierre. Le calcaire était pris sur place, l’abbé indique une ressource « proche de la chapelle.  »
« J’ay fait faire deux fours à chaux et fait porter sur les lieux plus de deux cent charretées de sable et beaucoup de pierres. J’ay fait la découverte de marbre proche de la chapelle et encore, dans la montagne voisine, une mine d’ardoise qui est à un quart de lieue d’Héas.  »

Le chanoine Laporte, dans son ouvrage « Notre Dame d’Héas  », s’interroge : « O๠était cette foràªt de sapins ?  ». On peut penser que tous les arbres ne provenaient du màªme endroit, l’abbé Brune rappelle que toute la communauté a fourni un effort. Dupuy fait l’hypothèse d’une localisation proche : « peut-àªtre sur le terrain qui s’étend, de la rive gauche du ruisseau de l’Aguila au cirque de Troumouse, sur la rive droite du gave de Héas.  ».
Mais, la foràªt aurait tout aussi bien pu se trouver sur le versant rive droite du ruisseau de l’Aguila. En effet, à la lecture de la transaction concernant les limites de Héas, le notaire Maruquette énumère bon nombre de lieux-dits. Sans pour autant préciser la présence de foràªt ou « seube  », il signale de l’autre cà´té du ruisseau formant une frontière naturelle, le « canau oriosa  », une proéminence désignée sous le nom de « turon des Crespès  ». Nous sommes sur le versant de Pène Blanque, sommet signalé par le cadastre et les topos IGN. Or, en cherchant dans le dictionnaire Palay, on trouve que « crespès  » désigne des écorces d’arbres. Les trois cent arbres abattus représentant à peu près six hectares, plusieurs versants auraient pu àªtre exploités.

Rondou, tout en décrivant, le bassin d’Héas mentionne une ancienne foràªt incendiée par des bergers. Après avoir dépassé le lieu-dit Prat, il arrive à  la Hargue : « Une prairie borde la rive opposée du gave, au niveau duquel on se retrouve. Le chemin éprouve un instant la satisfaction d’àªtre en plaine : c’est la Hargue. Quelques granges se dispersent en contre bas .  » Rondou désigne le petit bois à proximité. Selon lui : « Il passe pour àªtre le maigre reste de la grande foràªt incendiée par les pasteurs ; les deux bras du torrent qui le transforment en à®le l’auraient préservé dit-on.  » Quelques sapins ont probablement pu provenir de cet endroit.Cependant, Rondou signale le pont des Usclats aujourd’hui appelé « pont de l’Araillé  ». L’étymologie donne le sens premier de ce mot : « brà »lé  ». Ce nouveau élément renforce la thèse de l’incendie allumé pour gagner de nouveaux pà¢turages sur la montagne.
Lucien Briet
Cliché Lucien Briet, musée Pyrénéen

Par contre, d’après les écrits de Rondou, la foràªt de sapins détruite sous les ordres de l’abbé Brune ne pouvait pas se trouver à la hauteur de la Peyrade de Héas ou Arralhé puisque l’éboulement qui survint le 18 mai 1650 lacéra les deux flancs de la montagne à cet endroit.
« Un pan de la montagne de Poueyboucou s’abattit dans la vallée, rebondissant sur la pente opposée qu’on aurait pu croire la terrible avalanche issue de ce coté dans l’escarre fraà®che en face.  »

Rondou signale aussi un peuplement de pins issu d’une foràªt qu’il qualifie de « puissante  » au sens de vigoureuse. Ce pan boisé se situe après la Peyrade dite de Benqué et le portail entre deux blocs. Rondou explique le cheminement : « Les restes du premier pont de Souarrouy, puis une gorge décrépite, puis un lambeau de pré. Trois tronà§ons de pin émergent comme autant de piquets d’ ?attache ; longtemps ensevelis sous des atterrissements, ils ont été rendus au jour par les débà¢cles et témoignent de la puissante sylve que la vallée renfermait jadis.  »
L’ouvrage « Les Pyrénées et leurs légendes  » signale également : « un bouquet de pins rouges, - un morceau de foràªt. Le reste a été enlevé par le débordement de 1788.  ». Le 5 septembre 1788, un orage sans pareil, accompagné de fortes pluies, gonfla le torrent. D’après les informateurs : « le lac battit si furieusement cette digue, qu’il la renversa  ».

Finalement, seule une étude du peuplement forestier pourrait étayer ou infirmer ces différentes hypothèses.

BILBOGRAPHIE
CHANOINE LAPORTE. Notre Dame d’Héas. 1931.p. 71.
PEYRUC, Georges. Chaux et fours à chaux. revue Lavedan et Pays Toy TXXVI-2004
RONDOU. Monographie commune, tome I.
BRIET, L. la vallée de Héas. La nature, 1903, p.102.
ANONYME.Les Pyrénées et leurs légendes, Paris : Lecène Oudin.

SITOGRAPHIE
http://www.argeles-infos.com/IMG/pdf/fourachaux.pdf
http://www.agnouede.fr/spip.php?article171
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k377550g
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